La société très secrète des marcheurs solitaires

Publié le 6 octobre, par Françoise Vanesse


OUDGHIRI Rémy, La société très secrète des marcheurs solitaires, PUF, 2022

Quoi de plus approprié, en lien avec ce thème de la marche, que de prendre la direction des écrits de Rémy Oudghiri. En effet, ce sociologue français, spécialisé dans l’étude de l’évolution des valeurs et des modes de consommation dans nos sociétés contemporaines, a l’art au travers de nombreux de ses ouvrages dont Petit éloge de la fuite hors du monde ou Habiter l’aube de nous questionner sur les différentes façons d’oser sortir du chemin tout tracé ! En effet, dans nos sociétés hyper connectées, nos déplacements se résument parfois à une obéissance aveugle envers un programme de géolocalisation. Or, échapper à ces mécanismes qui nous évitent ornières et flâneries pourrait se révéler salvateur ! C’est précisément de détours, de chemins de traverse et de l’urgence de laisser pénétrer le hasard dans nos vies, dont il est question au cœur de ce livre d’aventures atypiques : La société secrète des marcheurs solitaires. Par le biais d’une série d’enquêtes, l’auteur nous propose de partir à la rencontre, non fortuite cette fois…, de différentes personnalités qui ont accepté de livrer le sens qu’ils donnent à leur pratique d’une marche dont l’itinéraire se construit à chaque pas, selon leur inspiration du moment, toujours guidé par l’envie de laisser poindre surprise et étonnement. Pour ces aventuriers en solitaire qui ne reculent pas devant la peur de se perdre, la marche se révèle une espèce d’errance, fruit non seulement de découvertes insoupçonnées mais surtout d’introspection sur le sens de la vie. On reste sous le charme de cette pratique philosophico-poétique, d’ailleurs déjà prônée comme source d’inspiration par de nombreux écrivains dont Rousseau, Baudelaire mais également les surréalistes, emblématiques pionniers de cette introduction du hasard dans la création artistique. Il reste que l’on ne peut que s’interroger sur le temps nécessaire pour pratiquer ces marches au hasard et ainsi habiter ces nouveaux espaces ! Mais comme nous restons libres de nos choix et que le temps n’est pas encore extensible, il est envisageable d’expérimenter tout d’abord cette bienfaisante pratique en ville voire dans notre paysage quotidien plutôt qu’en forêt ! Il est certain que d’étonnantes découvertes nous attendent au détour car, ne dit-on pas, que le hasard fait souvent bien les choses…