Histoires partagées

Publié le 25 juin, par Sylvie Hendrickx


Maintenir le lien social et favoriser les échanges intergénérationnels invalidés par le contexte de la crise sanitaire et ce, par le biais du partage de souvenirs et de la créativité : tels furent les objectifs fondamentaux de ce projet proposé par le CEC de la ludothèque « La Marelle » durant le premier confinement.

En mars 2020, le confinement et la distanciation « physique » imposée ont radicalement mis à mal nos liens sociaux, si précieux et indispensables. Dans ce contexte, le CEC de la ludothèque la Marelle, fortement ancrée et impliquée dans la vie culturelle et sociale de son quartier, Le Laveu à Liège, a rapidement souhaité renforcer la proximité de ses habitants. Les animatrices, Myriam Hick et Hélène Rimbaud, ont ainsi imaginé un projet créatif et collaboratif mettant en relation deux personnes à travers un échange intergénérationnel : d’une part, la transmission d’une histoire vécue dans son enfance par un adulte et d’autre-part, l’appropriation de cette histoire au travers d’une mise en image personnelle et créative par un enfant. Contrainte pour un temps de fermer ses portes au public, la dynamique équipe a mis en place ce projet « à distance », via les réseaux sociaux, avant de le prolonger par un atelier créatif.

Première étape : une récolte de souvenirs

Dans un premier temps, les animatrices ont invité les adultes à partager un souvenir d’enfance ou de jeunesse en s’adressant à leur public via les réseaux sociaux. Parallèlement, elles ont également lancé cette invitation aux résidents de la maison de repos « Notre Dame de Lourdes » à Liège et ce, par l’intermédiaire de leur assistante sociale. Cette double invitation a été très positivement accueillie, comme nous l’explique Myriam, avec enthousiasme : « Nous avons reçu pas moins de 44 histoires de personnes âgées de 35 à 97 ans, allant de la simple anecdote à un souvenir émouvant de l’enfance ! »

Deuxième étape : une mise en image libre et créative

Toujours via les réseaux sociaux, les animatrices ont ensuite proposé aux enfants – et aux adultes qui ont gardé leur âme d’enfant, de choisir un souvenir qui les touchait particulièrement pour le mettre en image de manière créative à travers une illustration personnelle. « Cette partie de la mise en image a été un peu plus lente à prendre forme car notre public n’est pas habitué à réagir par les réseaux sociaux », souligne l’animatrice. Au bout du compte, ce sont néanmoins une quinzaine d’illustrations très diversifiées et réalisées par des personnes de tous âges qui ont vu le jour en correspondance avec les souvenirs partagés : dessins, peintures, collages, et même broderies !

Troisième étape : une mise en image créative par la gravure sur plexiglas

Pour compléter ces illustrations reçues durant le confinement, les animatrices ont poursuivi leur projet d’échanges et de tissages de liens lors de trois stages organisés durant l’été pour les enfants à partir de 5 ans. « L’évolution de la situation sanitaire nous a permis de faire évoluer le projet. La liberté créative était très importante à nos yeux lors des échanges à distance. A présent, nous souhaitions apporter de la cohérence aux illustrations tout en faisant découvrir aux enfants une technique précise, elle aussi très créative. » Les animatrices ont ainsi invité un artiste peintre local, René Weling, à animer un atelier de gravure sur plexiglas. Âgés de 5 à 10 ans, les enfants se sont emparés avec plaisir de cette technique et, après lecture de textes transmis, ont projeté leur ressenti dans un dessin gravé, enduit de peinture et passé sous presse. C’est ainsi qu’ils ont illustré avec beaucoup de créativité et surtout une belle réceptivité l’ensemble de ces souvenirs de vie d’une époque parfois bien lointaine pour eux !

Quatrième étape : un carnet en partage

Les textes et dessins résultant des échanges via les réseaux sociaux ont été diffusés sur le site internet et la page Facebook de la Marelle, suscitant de nombreuses réactions positives. Quant aux gravures et aux textes qui les ont inspirés, ils sont rassemblés dans la belle mise en page d’un petit livret, tiré à une centaine d’exemplaires et offerts à l’ensemble des participants du projet. « Ce petit carnet matérialise le lien intergénérationnel d’Histoires partagées », souligne Myriam Hick. « Par cet échange, deux personnes étaient en relation, de façon virtuelle évidemment mais de façon également très sensible. Plusieurs personnes nous ont remerciées pour cette initiative et ont pris un réel plaisir à se remémorer des souvenirs, en particulier les quelques personnes fort âgées placées en résidence. Cela a même été thérapeutique pour certains résidents. Ces dessins qui illustrent un fragment de leur vie représentent un soutien, un fil ténu qui les relie au monde extérieur vu leur confinement. »

Ce projet créateur de liens revêt évidemment une portée et un sens tout à fait particulier en cette période de crise sanitaire et les animatrices, convaincues des bienfaits et de l’enrichissement mutuel généré par ces « histoires partagées », entendent poursuivre cette dynamique intergénérationnelle au travers de leurs projets futurs !

Ludothèque CEC « La Marelle »