Plus de place ! Place à la médiation et à l’expression

Publié le 8 avril, par Françoise Vanesse


Accompagner les bibliothécaires dans leur mission de médiation en leur faisant découvrir les multiples richesses tant graphiques que langagières de l’album Plus de place ! de Loïc Gaume et en leur fournissant parallèlement des outils d’animations : tels furent les objectifs de ce projet décliné par la Bibliothèque Centrale de la province de Luxembourg à destination de ses opérateurs directs et ce, en complément aux orientations fournies par la FWB dans le cadre de l’opération de diffusion de grande envergure « Plan lecture ». (1)

Contextualisation

Plus de place ! est un album publié par la FWB, en collaboration avec les éditions Versant Sud. Il a pour vocation d’être offert à chaque enfant qui entre en première maternelle ainsi qu’à son enseignant. Les bibliothèques publiques jouent un rôle essentiel dans la conduite de ce projet, dont les bibliothèques centrales qui assurent la bonne formation des personnels des bibliothèques. Elles sont donc amenées à appuyer les opérateurs directs au moyen de dispositifs qu’elles créent et organisent en fonction des besoins de leur territoire, en complément de ceux commandés par la FWB (livret pédagogique, accompagnement musical, sac puzzle, illustrations complémentaires, etc.) auprès de l’auteur du livre et d’intervenants pédagogiques.

Préparation du projet avec les bibliothécaires

Suite aux réponses formulées par les opérateurs directs de la province de Luxembourg, il est apparu clairement que ceux-ci étaient en attente, avant la diffusion du livre, d’outils d’animations facilitant leur action de médiation par rapport à cet album ressenti par certains comme trop difficile pour la tranche d’âge visée soit un peu hermétique voire peu imaginatif… C’est ainsi qu’une lecture collective et critique fut organisée au cours de laquelle chacun fut invité à déceler les atouts voire les secrets de cet album ! En conclusion, il est apparu que la construction du récit ouvrait des portes vers des jeux langagiers, des activités de discrimination visuelle, des questionnements sur la chronologie. Il offre également des opportunités de susciter la curiosité des jeunes enfants envers le thème de l’hiver, de l’accueil et du partage et de mieux connaître les animaux intervenants dans cette adaptation du conte traditionnel russe Teremok (demeure) et ukrainien Roukavytchka (moufle) (2)

L’animation avec les enfants

Première étape : lecture et relecture…
A l’issue d’une première lecture il apparait que, la plupart du temps, les enfants de cette tranche d’âge ne comprennent pas toujours la trame narrative ainsi que la perception de la chronologie du récit et que des questionnements demeurent : qui est effectivement l’animal responsable de l’éclatement du bonnet ? Quelle est la petite bête qui y pénètre la première ? Afin, notamment, de mieux cerner ces différents éléments, gages d’une perception amusante de l’intrigue, une seconde lecture est parfois utile.

Deuxième étape : jeux… de marionnettes
S’amuser, tel sera le maître mot de la suite des propositions d’actions qui ont été ensuite proposées comme ce jeu de marionnettes conçu par la Bibliothèque centrale. Celui-ci reproduit les animaux sous la forme de silhouettes textiles accompagnées d’un bonnet tricoté, équipé de pressions qui permettent « l’explosion ». Concrètement, il permet aux enfants de revivre et donc de mieux comprendre l’enchaînement des actions ainsi que les interactions entre les animaux. Ce dispositif respecte les coloris utilisés par Loïc Gaume ainsi que les proportions très importantes des têtes de chaque animal. Dans un premier temps, il permet aisément à chaque enfant de s’approprier la trame tout en la rejouant. Ensuite, il débouche sur la création de récits modifiés, adaptés par les petits que ce soit individuellement ou collectivement…

… et théâtralisation
Lors que le livre est proposé dans une classe de maternelle avec des enfants de tous âges, des masques en carton, réalisés sur le même principe que les marionnettes, s’avèrent également intéressants et débouchent sur un enthousiasmant partage. Quant au module, sous la forme d’un puzzle en bois, fourni par la FWB aux opérateurs d’appui en 2021, il peut également être utilisé avec succès avec les enfants, même en l’absence d’animations menées par Loïc Gaume. Sa manipulation contribue à acquérir une meilleure maîtrise de ses gestes, de ses déplacements et à construire, déconstruire et reconstruire le récit…

Troisème étape : jouer avec les mots
Mais, là ne s’arrêtent pas les multiples ressources de cet album. En effet, celui-ci, quoique relativement bref, recèle un ensemble important de locutions très variées : que ce soit au niveau des verbes, des adjectifs relatifs aux animaux acteurs dans la narration ou bien d’animaux simplement évoqués. Afin de faciliter les jeux langagiers, la Bibliothèque centrale a conçu une petite boîte sous forme de réservoir de mots et ce, en fonction de leur nature : verbes/actions, adjectifs déterminants, animaux acteurs et animaux évoqués. Ceux-ci sont écrits grâce à trois graphies différentes : cursives, capitales et minuscules.

Etant donné l’âge de ces enfants de première maternelle, ces cartes-mots constituent essentiellement des supports de visualisation du langage écrit. Néanmoins, vues, observées, revues, manipulées, appropriées individuellement ou collectivement, elles inscrivent la lecture dans une pratique ludique de découvertes très dynamiques ! Et constituent par conséquent un tremplin ludique vers la sensibilisation à la nuance lexicale et au jeu avec les mots !

Quatrième étape : partir à la découverte d’autres versions du conte
Il est enfin intéressant d’épingler que ce récit, signé de Loïc Gaume, établit une filiation avec diverses versions de contes qui portent le titre de La moufle ou se présentent sous d’autres titres similaires. Le module d’animations proposé par la Bibliothèque centrale en itinérance dans les bibliothèques locales comprend donc une quinzaine de versions et interprétations de ce schéma narratif, dont :

Conclusion

Au terme de ce projet, nous pouvons affirmer que cette médiation à la fois critique, ludique, didactique et ouverte sur l’expression, a permis au jeune public et aux professionnels de mieux saisir toutes les différentes nuances de cet album, l’ensemble de ses richesses et donc de mieux se l’approprier et ce, sans aucun objectif d’instrumentalisation. Quant au matériel fourni et les animations réalisées, elles ont permis d’amplifier les effets de la diffusion de l’album.

Petit réservoir des richesses de cet album…

Catherine Renson, Bibliothécaire à la Bibliothèque Centrale de la province de Luxembourg et Françoise Vanesse
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(1) « Plan lecture » : Cette initiative est née du constat qu’entre 1985 et 2007, la part de la population qui déclarait ne disposer d’aucun livre à domicile était passée de 9 % à 21 %. Ce manque de présence de livres dans les familles pouvant être un facteur déterminant dans les compétences langagières des jeunes et des futurs adultes, le « Plan lecture » a inclus une action de diffusion de grande envergure (65.000 livres à offrir), initiée par Picoti, tous partis ? de Françoise Rogier.

(2) ) Ce conte occupe une grande place dans la classification Aarne-Thompson (sous les contes d’animaux et les contes formulaires). Il constitue donc une ressource originale d’incitation à la créativité et aux développements des imaginaires.