Ludothèque « Pirouette » ASBL à Ath

Publié le 9 janvier, par Françoise Vanesse


Une équipe enjouée et gagnante !

En route vers la ville d’Ath pour un saut à « Pirouette » dans le but de mieux découvrir cette réjouissante ludothèque de droit privé qui, depuis 2002, anime, éclaire, questionne et rassemble une importante partie de la population de l’emblématique cité des géants ! Aujourd’hui, pas d’escape-game, de chasse au trésor, d’accueil des crèches, de parties de jeux pour les séniors ou d’animations avec les classes. En effet, c’est matinée de fermeture et, malgré le programme chargé de ce mercredi après-midi, la très dynamique équipe a accepté de nous consacrer du temps pour nous présenter ses locaux et, surtout, ses nombreux projets. Alors que nous sonnons au parlophone de cette vaste bâtisse annexe de l’école Saint-François, située à proximité de la bibliothèque communale, voici l’imposante porte cochère qui s’ouvre quasi instantanément ! Et aussitôt, Sybille De Keukeleire qui, très chaleureusement, nous accompagne vers le local de 100 m2 que la ludothèque occupe depuis 2018. Sous sa généreuse invitation, nous nous dirigeons vers le centre de cet espace convivial et prenons place en face de la section spécifiquement réservée à la petite enfance. Autour d’une des tables nous attend un très sympathique trio : Corinne Goossens, Sylvie Blanquart et également Marie Liessens qui nous a concocté une tisane revigorante. Manifestement, nous étions attendues et la partie peut commencer…

Un parcours atypique

Sybille, doyenne de l’équipe, qui a débuté son parcours professionnel en 1989 à la bibliothèque paroissiale « Centre Libre de Lecture Publique ASBL » (ancêtre de l’actuelle ludothèque), prend la main ! Elle retrace, avec une belle énergie et sans nostalgie, ce tournant décisif qui déboucha, en 2002, sur la transformation de la petite bibliothèque paroissiale en ludothèque. Le but de ce changement de cap, mené en concertation avec le PO de l’ASBL et les pouvoirs communaux, participait d’une double volonté. Premièrement, il s’agissait d’éviter les doublons avec l’offre de la bibliothèque communale « Jean de la Fontaine », installée dans des bâtiments flambants neufs à une centaine de mètres à peine de la petite bibliothèque paroissiale. Mais, deuxièmement, il s’avérait judicieux de proposer une offre culturelle supplémentaire sur le territoire. « Il a fallu s’adapter, explique Sybille, car nous n’étions pas formées au métier de ludothécaire mais nous avons fait le pari qu’il était possible d’y arriver. »

Une faculté de rebondir

Heureusement, cette motivation couplée à une importante faculté de rebondir était sans aucun doute déjà inscrite dans l’ADN de « Pirouette » et allait d’ailleurs fortement influencer la suite de son parcours. Aussi, lorsque quelques années après sa création, la ludothèque a l’occasion de déménager, le pouvoir organisateur prend la balle au bond et investit les actuels locaux : un agréable et fonctionnel rez-de-chaussée, l’ancien réfectoire de l’école Saint-François. Ce bel espace se déploie tout en profondeur et est muni d’un local de réserve pour les grands jeux, d’un bureau adjacent, d’une petite cuisine et d’un coin toilettes : le tout aménagé avec du mobilier amovible entièrement neuf et dans un cadre lumineux grâce à des fenêtres débouchant sur un charmant jardin.

Un tournant émancipateur

Depuis ce déménagement, la ludothèque n’a cessé d’évoluer, comme nous l’exposent à leurs tours Sylvie Blanquart, trésorière bénévole et Marie Liessens. « Le changement d’implantation nous a véritablement permis de grandir », explique Sylvie. « En effet, depuis le déménagement, nous avons bénéficié d’une meilleure visibilité et avons diversifié notre offre en fonction d’un nouveau public. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que nous occupons une place bien spécifique, reconnue et valorisée aux côtés des autres acteurs culturels de la ville », conclut Marie.

Intégration dans une dynamique culturelle locale

Ces acteurs culturels sont particulièrement nombreux sur le territoire et leurs différents projets sont coordonnés par la Maison culturelle d’Ath, qui joue un rôle de pivot essentiel. Notamment, en ce qui concerne les projets d’animations à destination du public scolaire. Cette offre est valorisée par le biais d’une publication dans laquelle chaque partenaire dispose de son propre feuillet reprenant son programme à destination des écoles. Ce souci de rationalisation et de mutualisation favorise bien évidemment les synergies. « Nous travaillons rarement de façon isolée », poursuit Sybille. « Ainsi, récemment, après la projection du film Bonjour le Monde organisé pour les écoles par le cinéma de la ville, des classes ont été accueillies tant à la bibliothèque communale qu’à la ludothèque où nous leur avons proposé des jeux pour leur permettre d’aller un peu plus loin dans la thématique », conclut Marie.

Des « dix-huit mois » aux « centenaires » !

Mais le public scolaire est loin d’être le seul axe de travail de la ludothèque qui travaille avec un très large public : des « dix-huit mois » aux « centenaires ». En effet, l’équipe accueille les crèches avoisinantes, les seniors, les personnes handicapées sans oublier les familles et les habitants du quartier. Mais, outre ce très réjouissant panel, ce qui interpelle également positivement c’est la perspective émancipatrice et citoyenne qui guide l’ensemble des projets via différents jeux sélectionnés en fonction de thèmes : sensibilisation à la lutte contre le harcèlement scolaire, projet « Recup’ », grainothèque, sensibilisation aux violences faites aux femmes et lutte contre l’exclusion culturelle. Enfin, soulignons ces projets d’éducation à la citoyenneté chers à l’équipe comme celui mis en place en 2021 et initié par l’échevine de la culture, Jessica Willocq dans le cadre de la création d’un Conseil communal des enfants et de l’opération « Bâtisseurs de liens ».

Lever les freins : un réel moteur…

Et en effet, bâtir et tisser des liens semble bien un des principaux objectifs de l’équipe. Et si la ludothèque, avec son importante collection de jeux (jeux coopératifs, jeux sur les cinq sens, jeux sans frontières, jeux pédagogiques, grands jeux pour extérieur) classée selon le système ESAR et gérée grâce au logiciel Decalog, reste le siège central des activités, il est clair que « Pirouette » veille également à joindre les publics empêchés. Comme en atteste ce projet mené par Corinne depuis de nombreuses années : la biblioludomobile. « En collaboration avec la bibliothèque communale qui s’occupe des livres, je prends en charge une sélection de jeux à destination des publics éloignés : que ce soit les seniors mais également les crèches situées en dehors du centre », explique-t-elle. Une attention équivalente est portée au public différent avec ce projet mené par Bruno Fluyt en collaboration avec l’Esenca (Association Socialiste de la Personne Handicapée). Ou encore le projet « Jatte de café » mené par Sybille qui, un jeudi par mois, accueille un groupe d’une vingtaine de seniors pour créer du lien mais aussi pour les ouvrir à la diversité des jeux de société d’aujourd’hui, au-delà du Scrabble ou du Rummikub. « Lever les freins est notre moteur !  », conclut Sybille. « Nous veillons toujours à mettre les participants en mouvement, à ouvrir à la diversité des jeux de société et l’occupationnel n’a pas de place chez nous. Et pourtant, qu’est-ce que l’on s’amuse ! »

Le jeu : tremplin vers l’expression

En effet, plus on dialogue avec cette équipe très joviale, plus on constate à quel point l’expression est une notion capitale au sein de leur conception du métier. Rien d’étonnant dans ce contexte plein de vitalité et de confiance réciproque de constater que le jeu est, lui aussi, envisagé comme tremplin vers l’expression et une meilleure communication. Dans ce cadre, l’équipe n’hésite pas à imaginer des jeux qui correspondent aux projets en cours. A l’image de de ce jeu de photolangage intitulé « Tenpenskwa » (T’en penses quoi ?), conçu afin d’inviter les élèves à s’exprimer sur des problématiques sur lesquelles ils pourraient agir au sein de leur commune ou de leur classe. Mais d’autres exemples peuvent encore être mentionnés comme la création d’un jeu reprenant la topographie de la ville sur le modèle des « Aventuriers du rail » en lien avec l’exclusion culturelle ou ce « Docteur Maboul » entièrement revisité par Ophélie Bausier à l’occasion de la toute récente fête d’Halloween. Manifestement, la créativité fait également partie des compétences de l’équipe ! Une équipe soudée et complice où chacun semble avoir bien sa place et dispose de latitude pour personnaliser ses projets. « Oui, en effet ! On gère chacun nos projets tout en restant très solidaires », poursuit Marie. « Et lorsqu’on a besoin d’un coup de main, l’équipe est là. C’est important car en ludothèque, on ne peut pas animer seul et il faut être plusieurs pour induire la dynamique de jeu et réexpliquer au cours de la partie », renchérit Sybille.

En effet, voici qu’arrive la fin de la partie. Qu’il nous est bien difficile de clore car il semble qu’il reste sur le plateau encore tant de cases où nous voudrions nous poser dont celles concernant les liens avec le public ado ou la meilleure visibilité de la ludothèque côté rue : deux projets que l’équipe souhaite améliorer. Mais c’est la règle et le jeu doit continuer son chemin… Un parcours particulièrement gagnant et gratifiant pour cette ludothèque de droit privé, orchestrée par cette équipe dynamique et motivée ! Cette dernière, non seulement a su faire preuve d’une importante adaptation dans son parcours mais de plus, grâce au développement d’un programme et d’une méthodologie innovants, a apporté un véritable bonus à l’enthousiasmante dynamique culturelle présente à Ath.

Ludothèque Pirouette

Rue aux Gâdes, 28
7800 ATH
www.ludotheque.ath.be