L’expérience entre présentiel et numérique de la Bibliothèque communale Hergé à Etterbeek. Le point avec Catherine Hennebert et Daniel de Loneux, bibliothécaires

Partages en reconfinement

Publié le 30 mars, par Sylvie Hendrickx


Une année de crise sanitaire et de confinements successifs ont amené les bibliothèques à une adaptation constante de leurs services et animations. De ce lot de contraintes et de ce climat d’incertitude est née la volonté, pour certaines, de mettre en place de nouvelles approches professionnelles dans le but de garder le lien avec leurs publics.

S.H. En ce premier trimestre 2021, la bibliothèque Hergé a ouvert à nouveau ses portes au public et a programmé, dans ce contexte, une série d’animations entre présentiel et numérique. Qu’en est-il ?

D.d.L. Notre programme d’animations se construit toujours par trimestre autour d’une thématique. Pour cette saison, qui voit en effet notre bibliothèque accueillir à nouveau ses publics, nous avons choisi le mot-clé « ouverture ». Cette notion nous semble importante dans ce contexte de pandémie qui entraine une tendance à la fermeture. Mais c’est aussi un clin d’œil à cette question des usagers qui revient sans cesse : « Êtes-vous ouvert ou fermé ? » Cette thématique nous permet en effet d’illustrer que la bibliothèque peut être « ouverte » de diverses manières et via divers canaux (numériques, audio-visuels…) et qu’il existe tout un panel de degrés d’ouverture ! C’est la réalité que les bibliothèques ont expérimentée ces derniers mois ! Et l’évolution constante du contexte sanitaire, vue comme une contrainte créative, nous a conduit à imaginer pour ce trimestre des animations qui s’enracinent physiquement à la bibliothèque mais peuvent se prolonger en ligne.

S.H. Au centre de ces activités, la « bulle à livres ». De quoi s’agit-il ?


C.H.
Il s’agit d’une installation imaginée par l’artiste plasticienne Oranne Mounition, avec qui nous avons co-construit les animations de cette saison. Cette « bulle à livres » est une sorte d’alcôve semi-ouverte dans laquelle nous proposons à nos usagers de faire une pause-lecture sécurisée. Sa réalisation concrète est assez simple, comme souvent avec cette artiste qui octroie une large place à la récup’ dans ses projets. Il s’agit ici d’un demi-cercle fait de treillis de poulailler, à travers lequel des dizaines de feuilles roulées issues de vieux livres ont été glissées.

S.H. Quels sont les objectifs de ce dispositif original ?


D.d.L.
Cette « bulle à livres » est notre outil de reliance de ce trimestre. Elle sert de lieu de diffusion de nos activités : nous y enregistrons les séances de lecture d’albums et autres animations destinées à être partagées en ligne. Mais c’est aussi le lieu d’une dynamique participative. Nous invitons en effet nos usagers à s’y plonger à leur tour pour y être filmés et réaliser de courtes « bulles de lecture ». Les usagers peuvent ainsi partager une lecture de poème ou de tout autre texte bref. Nous diffusons ensuite ces capsules vidéos par tous nos canaux d’ouverture : site internet, réseaux sociaux, chaîne Youtube, et dans la bibliothèque elle-même via une tablette.

S.H. Cette bulle symbolique vise donc à permettre aux usagers de se réapproprier en toute sécurité l’espace de partage qu’est la bibliothèque !

C.H. Tout à fait ! Et les usagers qui le souhaitent sont également invités à « apporter leur page à l’édifice » en nous remettant un poème ou un texte personnel sur une feuille colorée qui sera roulée et ajoutée à la structure de la bulle afin d’être lue par d’autres. Nous recevons beaucoup de retours positifs par rapport à cette dynamique participative. Les gens apprécient et sont curieux !

S.H. Dans le même esprit, en cette période où les mesures sanitaires imposent encore la distanciation sociale, vous proposez à vos usagers de redécouvrir une bibliothèque « plus peuplée que jamais » ! En quoi consiste cet enthousiasmant projet d’exposition ?

C.H. Il s’agit d’une exposition de photomontages à nouveau réalisés par l’artiste Oranne Mounition. L’idée consiste cette fois à détourner l’impossibilité effective d’accueillir beaucoup de monde en même temps à la bibliothèque en peuplant les rayonnages d’« étonnants visiteurs ». Discrets personnages pour la plupart anonymes, ceux-ci sont réalisés en montage photo et forment parfois de petites saynètes en papier découpé. Ils sont éparpillés dans toute la bibliothèque : entre deux livres, sur les étagères, dans les casiers de périodiques,... Les lecteurs les découvriront (ou pas) lors de leur déambulation à la recherche d’un livre. C’est à la fois intime, ludique, comique et très vivant.

S.H. Une exposition qui trouve une nouvelle fois un prolongement en ligne…

D.d.L. En effet, toujours dans cet esprit d’ouvertures multiples, ces étonnants visiteurs, présents dans la bibliothèque, s’infiltrent également quotidiennement sur notre site et sur les réseaux sociaux !

S.H. En termes d’ouvertures, on peut également souligner cette riche collaboration entre bibliothèque et artiste. Celle-ci vous apparait-elle plus essentielle que jamais en cette période où le monde artistique vit au ralenti et bénéficie de moins d’espace d’expression ?

C.H. Absolument ! C’est essentiel. Nous avons tous et toutes besoin des artistes, comme les artistes ont besoin du public. C’est une évidence, même si nos politiques ne sont pas toujours de cet avis. La diffusion de l’art et de la poésie est nécessaire pour le bien-être de la population, pour ouvrir les yeux et les esprits, inciter les gens à la curiosité et à la créativité. Et en ce qui nous concerne, nous ressentons déjà largement les ondes positives générées par la dimension artistique des actions de ce trimestre et cela tant au niveau des réseaux sociaux qu’au cœur de la bibliothèque !