Garder le lien, en poésie

Publié le 30 mars, par Aline Louis et Manon Stas


À l’heure où la culture se voit confinée par la crise sanitaire et ses métiers étiquetés de non essentiels, le foisonnement d’initiatives poétiques et littéraires semble, au contraire, prouver leur importance pour nos concitoyens en quête de sens. Au-delà de la campagne de vaccination anti-covid, « on devrait souhaiter à tout homme sensé une certaine dose de poésie », comme le disait Goethe. Le regard d’Aline Louis et de Manon Stas, de la Maison de la Poésie de Namur.

Après une année 2020 difficile et marquée par le projet Fleurs de funérailles, offrant des éloges poétiques aux défunts et leurs familles, le Poète National, Carl Norac, et la Maison de la Poésie de Namur ont souhaité apporter une impulsion de vie aux Belges : dire et danser ne sont-ils pas le meilleur moyen de fêter le printemps qui approche ?

Autrefois, Diderot disait « Une danse est un poème ». À l’occasion de la Journée mondiale de la danse, le 29 avril, le projet « Dansez le poème » prendra donc tout son sens. Auront lieu un festival de vidéos poétiques et chorégraphiques d’artistes belges et un concours adressé à tous, petits et grands. Carl Norac souhaite, en effet, encourager les Belges à choisir leur poème favori, à s’accompagner d’une personne qui danse et à se filmer. Les prestations les plus originales, puissantes ou touchantes seront récompensées (informations et règlement : www.maisondelapoesie.be).

Le Poète National fait aussi partie des personnalités que Braine-l’Alleud et sa bibliothèque ont souhaité inviter pour briller en tant que ville en poésie. C’est ainsi qu’en février un voyage poétique dans les rues de Braine-l’Alleud s’est ébauché : les élèves de deux écoles ont eu l’occasion de discuter avec le Poète National et d’écrire des poèmes, avant de les voir affichés aux fenêtres de différents lieux de leur commune.

La culture et la poésie y sont particulièrement soutenues, notamment grâce à Ludivine Joinnot, bibliothécaire passionnée. Une Page de Poésie permet ainsi aux visiteurs du site de la bibliothèque de découvrir des poètes contemporains, qu’ils soient de jeunes auteurs en pleine essor ou des écrivains expérimentés. Ces derniers mois, Thibaut Creppe, Maud Joiret ou encore Jérémie Tholomé ont fait partie des poètes à peine trentenaires mis en lumière.

La poésie, au 21ème siècle, n’est plus ce genre noble et immanquable qui faisait briller Lafontaine, Hugo ou Apollinaire. Souvent jugé poussiéreux ou démodé, les nouvelles générations de poètes prouvent pourtant le contraire et proposent des petites pépites poétiques tendres, provocantes ou délicieusement sonores qui rappellent que, non, la poésie n’est pas morte ! Le travail précieux de la bibliothèque de Braine-l’Alleud permet de faire connaître ces auteurs et de faire vivre une poésie résolument moderne.

Laurence Vielle, poète et comédienne, qui a également endossé le rôle de Poète Nationale de 2016 à 2018, s’est montrée, elle aussi, très active durant cette période de confinement, notamment par le biais d’une magnifique initiative de la chaîne de radio Musiq3. Désireuse de faire rayonner la poésie vivante sur ses ondes et de soutenir les auteurs et éditeurs belges et francophones, la chaîne a demandé à la poète de mettre à l’honneur, tous les jours au printemps dernier, et tous les samedis depuis septembre, un.e auteur.e de son choix. Par sa voix, par son « souffle lumineux », Laurence porte les mots des autres, belges et étrangers, et prouve que la poésie, en cette période particulière de pandémie, est réellement d’utilité publique. Au total, depuis avril dernier, une soixantaine de capsules poétiques, imaginées par Carine Bratzlavsky et Laurence elle-même ont été enregistrées et filmées. Ces rendez-vous hebdomadaires, intitulés « Laurence Vielle lit la poésie », rencontrent chaque semaine un vif succès en radio et sur les réseaux sociaux. Le dernier en date, à l’heure d’écrire ces lignes, mettait à l’honneur un texte de Clarice Lispector, une poète brésilienne, et comptabilisait plus de 2000 partages sur Facebook. Qui a dit que la poésie était passée de mode ? Pour les retrouver en un seul clic : https://www.rtbf.be/musiq3/.

La poésie en virtuel, il en est aussi question aux Midis de la Poésie. Comme de nombreux lieux culturels contraints de fermer leurs portes au cours de l’année qui vient de s’écouler, l’institution bruxelloise a mis tout en œuvre pour adapter sa programmation et proposer à son public des événements de qualité, même à distance.

Au programme de ces derniers mois, la naissance d’un podcast (https://soundcloud.com/midisdelapoesie), une newsletter poétique hebdomadaire ainsi que des séances en ligne : une masterclass avec Maylis de Kerangal, une séance en direct sur Zoom avec Carl Norac et Thomas Vinau, des ateliers d’écriture en ligne orchestrés par Aliette Griz et d’autres par la poétesse Laura Vazquez ou encore une sieste poétique, enregistrée et diffusée en radio sur BX1.

Garder le lien avec le public, encore et toujours, tel est le credo des lieux culturels, théâtres, maisons de la poésie, qui tentent de se réinventer au quotidien, depuis un an, en s’adaptant aux mesures sanitaires imposées. Ces lieux n’ont qu’une seule hâte, pouvoir à nouveau accueillir les artistes et leurs spectateurs, voir briller les yeux et faire vibrer les cœurs, l’essence-même de leur existence…

Aline Louis et Manon Stas, Maison de la Poésie de Namur