• Là où les chiens aboient par la queue

  • 3 octobre, par Sylvie Hendrickx

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  • Une fresque colorée de la Guadeloupe de la seconde moitié du 20e siècle qui interroge le rapport des territoires d’Outre-mer et de la métropole.

BULLE ESTELLE-SARAH, Là où les chiens aboient par la queue, Liana Levi, 2018

Née en banlieue parisienne, une jeune fille s’interroge sur son identité métissée et recueille les souvenirs de ses deux tantes, Antoine et Lucinde, ainsi que de son père, le benjamin de la fratrie, que tous appellent encore Petit-frère. Tous trois appartiennent à cette génération de Guadeloupéens qui a migré vers la France dans les années 60. Chacun à son tour et dans des circonstances différentes, ils ont quitté leur village de Morne-Galant, un bled si perdu que « les chiens y aboient par la queue » pour gagner la truculente Pointe-à-Pitre, ses splendeurs et ses bidonvilles, avant de s’embarquer finalement pour la métropole. Au fil des chapitres, chacune de ces voix alterne pour retracer son parcours et raconter sa version de l’histoire familiale. Mais, dans cette subtile confrontation de points de vue, une voix domine. Celle d’Antoine, l’aînée, qui ne laisse personne indifférent. Antoine qui sépare et rassemble. Forte, indépendante et un peu mystique, elle semble détenir en elle toute la mémoire de son peuple et fait naître sous nos yeux les couleurs de sa Guadeloupe natale à travers un parler savoureux, teinté de créole. La grande force de ce récit, récompensé par le Prix Stanislas du « meilleur premier roman de la rentrée littéraire », réside précisément dans cette polyphonie, un procédé narratif qui certes n’est pas neuf, mais dont Estelle-Sarah Bulle a su tirer toute la richesse à travers une langue bigarrée, fluide et rythmée comme une conversation à plusieurs voix. Mais tout l’enjeu de ce roman réside également dans l’entrecroisement de ces trajectoires individuelles qui épousent l’histoire collective de la Guadeloupe des années 1940 à nos jours et interrogent la situation actuelle en France de deux générations « d’immigrés de l’intérieur », pris entre deux mondes.

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