• Les exilés meurent aussi d’amour

  • 3 avril, par Sylvie Hendrickx

    Il y a 0 commentaires.

  • Un premier roman percutant sur la soif de liberté et le contact émancipateur d’une culture différente.

SHALMANI Abnousse, Les exilés meurent aussi d’amour, Grasset, 2018

Tout comme son héroïne, l’auteure de ce roman, Abnousse Shalmani, est née à Téhéran et a connu l’exil avec sa famille en 1985. Après Khomeiny, Sade et moi (Grasset, 2014), un pamphlet très remarqué où elle livre son histoire personnelle et sa soif de liberté nourrie de littérature, cette journaliste et réalisatrice engagée envers les droits des femmes, s’empare cette fois de la fiction pour nous relater le parcours d’une enfant exilée, guidé par le pouvoir émancipateur des mots et de la culture.

Au lendemain de la révolution islamique, Shirin, neuf ans, a fui l’Iran avec ses parents pour rejoindre à Paris ses tantes et son grand-père maternel. Bien loin des fastes de Téhéran, elle découvre, sous un jour nouveau, les adultes qui l’entourent, figures complexes d’exilés vivant « à contretemps », figés dans leur défiance à l’égard du monde extérieur et la hantise du déclassement social. Avec révolte, effronterie et grande lucidité, la jeune observatrice épingle leur vanité, leur aveuglement mais aussi la violence qui règne au sein de cette famille où s’entretient avec ferveur la nostalgie d’un passé communiste révolutionnaire et le poids des traditions. De l’enfance à l’adolescence, elle évolue dans l’oppression de cet environnement familial trouble où chacun est appelé à garder sa place pour servir « la cause » politique. Mais face à cet étouffant carcan identitaire, la jeune fille n’a de cesse de chercher à s’affranchir à l’appel du monde extérieur et, notamment d’Omid, universitaire de vingt ans son aîné dont elle tombe profondément amoureuse ! Après tout, les exilés, eux aussi, ne peuvent-ils pas mourir d’amour ? A ses côtés, elle découvre Paris, ses musées et cette culture dont elle capte chaque évocation du sentiment amoureux, intellectuel mais aussi charnel, si étranger à son environnement familial. S’amorce ainsi une quête effrénée de liberté, envers et contre tous, où la jeune fille explore son identité et ses désirs, s’égare parfois mais se relève sans cesse, jusqu’à s’emparer de l’écriture et d’une langue nouvelle, apprise avec acharnement, pour exprimer sa réalité et faire enfin naître de cet exil une lignée nouvelle, affranchie de tout déterminisme familial.

Laissez un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.