• Technicité et aide à la personne

  • 11 avril, par Sylvie Hendrickx

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En bibliothèque autrement !

Focus sur les missions des techniciens du son à la Bibliothèque Publique Spéciale de l’asbl « La Lumière » à Liège.

Destinée au service des personnes aveugles ou malvoyantes, la Bibliothèque Publique Spéciale de « La Lumière » dirigée par Muriel Forgeur, bibliothécaire, assistée par Emilie Renard et Elodie Laeremans, propose, au côté de collections de livres en braille et en grands caractères, une véritable « bibliothèque sonore » : plus de 9000 titres enregistrés au sein même de l’institution !

Pour gérer le travail technique lié à la création de ces livres audio, l’équipe de la bibliothèque peut compter sur Olivier Matagne, référent technique, et Philippe Vandermissen, technicien référent en studio, sans oublier leur collègue Michaël Napora, technicien en conversion.

Interviewé par nos soins, Olivier Matagne attire d’emblée notre attention sur l’importance de cette production spécifique : « Une grande partie de nos affiliés sont des personnes âgées qui, contrairement à notre lectorat plus jeune ou aveugle de naissance, se trouvent démunies face aux livres en braille. Le livre audio constitue alors une alternative essentielle pour leur permettre de continuer à aborder la lecture de manière autonome. »

Et pour répondre aux besoins de ces usagers, les techniciens du son réalisent chaque année près de 300 nouveaux livres audio qui viennent enrichir et diversifier la bibliothèque sonore. Une entreprise rendue possible par l’investissement de « La Lumière » dans du matériel technique spécifique – dont trois studios d’enregistrement ! – mais aussi et surtout par l’importante mobilisation d’une soixantaine de lecteurs bénévoles sans qui la bibliothèque ne pourrait exister. « Ce que nous réalisons à la bibliothèque avec les lecteurs bénévoles relève bien évidemment d’une merveilleuse aventure humaine ! », nous confie Olivier Matagne.

Concrètement, l’équipe accueille chaque jour, aux heures d’ouverture de la bibliothèque, les lecteurs bénévoles qui viennent, pour la plupart, une fois par semaine poursuivre l’enregistrement du livre qui leur a été proposé par les bibliothécaires (y compris des demandes des usagers) ou qu’ils ont proposé eux-mêmes en lecture. « Lorsque les trois studios d’enregistrement sont occupés simultanément, nous pouvons recevoir jusqu’à douze bénévoles par jour. Chacun réalise une session d’enregistrement d’une heure vingt, soit la lecture de 25 à 30 pages. Il faut donc à peu près deux mois et demi pour obtenir l’enregistrement d’un ouvrage moyen de 300 pages lu par un même bénévole », souligne notre interlocuteur.

Un travail dans la durée qui demande plusieurs étapes successives. Premièrement, la prise de son proprement dite. Celle-ci est paramétrée à l’aide d’une table de mixage en fonction de chaque lecteur pour mettre en valeur sa voix mais aussi conserver une certaine homogénéité au fil des enregistrements. Les fichiers audio sont ensuite retravaillés à l’aide de logiciels informatiques pour en optimiser la qualité : « Nous essayons que chaque fichier audio soit dès le départ le meilleur possible. Il arrive cependant que nous devions augmenter les sons trop faibles ou limiter les variations sonores a posteriori. » Une suppression des inévitables erreurs de lecture est également réalisée : « Lorsqu’un lecteur reprend la lecture après un passage erroné, il appuie sur un bouton pour générer un repère dans l’enregistrement. Nous identifions ainsi très facilement les parties que nous devons extraire des fichiers. » Une fois la totalité des enregistrements réalisée, les fichiers sont découpés en fonction de la structure du livre. Les techniciens créent ainsi les plages audio qui figureront sur le CD final en suivant les informations fournies par les bibliothécaires notamment en ce qui concerne la présentation du livre et les informations bibliothéconomiques. Gravé sur CD, rangé dans un boîtier étiqueté et ajouté au catalogue de la bibliothèque, voici, à l’issue d’un circuit qui implique toute l’équipe, le livre sonore fin prêt pour rencontrer ses lecteurs !

Mais de quelles compétences spécifiques les techniciens du son doivent-ils faire preuve au fil de leurs différentes tâches ? Tout d’abord, une importante rigueur dans la gestion, le stockage et le traitement des nombreux fichiers informatiques tout au long des étapes de la création du livre audio car celles-ci prennent plusieurs mois et sont simultanées pour une cinquantaine d’autres livres en cheminement. Mais aussi de la curiosité pour un secteur informatique en perpétuelle mouvance. « Les programmes évoluent, les ordinateurs vieillissent. Il faut rester vigilant à leur compatibilité mais aussi chercher sans cesse à améliorer les systèmes mis en place. »

Quant à l’inévitable mutation des supports audio, la responsable de la Bibliothèque et son équipe l’envisagent très sereinement. A ce propos, Olivier Matagne explique : « En 2008, nous avons abandonné l’enregistrement sur cassette pour passer à l’enregistrement numérique sur CD. La prochaine étape sera logiquement de passer au téléchargement sous forme de streaming ou de fichiers chrono-dégradables. Au sein de notre équipe, la réflexion est lancée ! »

Le service bannit cependant toute tentation de précipitation face à l’emballement des nouveautés technologiques. C’est ainsi que les anciennes cassettes sont encore actuellement empruntées par une très faible minorité d’usagers qui ont du mal à passer au format CD. La Bibliothèque de « La Lumière » aurait pu se contenter de suivre l’air du temps en supprimant simplement ce support de ses collections depuis plusieurs années, mais a préféré maintenir la coexistence des formats le plus longtemps possible dans un souci d’accompagnement de ses usagers. Malheureusement, ne trouvant plus de cassettes vierges dans le commerce, il est devenu impossible de procéder aux réparations nécessaires et c’est avec regret que la Bibliothèque cessera sans doute le prêt des cassettes en 2018.

Il n’en demeure pas moins que porter une attention particulière aux personnes fait partie intégrante de l’esprit de « La Lumière » et constitue pour l’équipe de la Bibliothèque une importante source de satisfaction personnelle au cœur de son travail. Celle-ci a en effet la chance de percevoir chaque jour l’utilité concrète de sa démarche au contact d’usagers pour qui la lecture demeure une fenêtre ouverte indispensable.

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Bibliothèque Publique Spéciale de « La Lumière »
Rue Sainte-Véronique, 17
4000 Liège
www.lalumiere.be

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