• Prêt d’œuvres d’art et médiation culturelle

  • 7 janvier, par Sylvie Hendrickx

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En bibliothèque autrement !

Focus sur les missions de Frédéric Paques, responsable de l’artothèque de la Bibliothèque Chiroux à Liège.

Emprunter une œuvre d’art et lui faire une place dans son intérieur, voilà la démarche atypique et plutôt éloignée de nos habitudes culturelles que propose, depuis 2014, l’artothèque Chiroux. Au travers de cette invitation très concrète à faire entrer l’art dans notre vie quotidienne, ce service, rarement intégré au sein d’une bibliothèque publique, répond aux exigences décrétales à plus d’un titre ! En effet, par cette mise à disposition d’un patrimoine accompagnée d’un indispensable travail de médiation, l’artothèque Chiroux vise en premier lieu une plus grande démocratisation de la culture. Elle se veut également un lieu privilégié d’éveil à l’esprit critique dans une perspective d’émancipation et de plein accès à la citoyenneté au sein de notre société de l’image.

Et nous voici précisément immergées au cœur des images lorsque, après avoir traversé la section de prêt pour adultes, nous découvrons l’artothèque. Photographies, peintures, gravures, illustrations… ce sont non moins de deux-cent-cinquante œuvres qui sont stockées et en partie exposées dans ce local de 15m2. Certaines s’offrent immédiatement à notre regard dans une juxtaposition et un accrochage dynamiques. Mais voici également d’autres cadres, appuyés les uns contre les autres, qui piquent notre curiosité et invitent à être découverts. C’est en ce lieu propice au dialogue que nous rencontrons Frédéric Paques, licencié en Histoire de l’art et responsable de ce service né sous l’impulsion du Député Provincial à la Culture, Paul-Emile Mottard.

Concrètement, le principe sur lequel se fonde l’artothèque de la Bibliothèque Chiroux est fonctionnel : tout usager peut emprunter une œuvre d’art pour une durée de soixante jours et ce tout à fait gratuitement  ! Ainsi, l’emprunteur ne se voit réclamer ni payement ni caution. Il signe cependant une convention de prêt qui l’engage financièrement en cas de perte ou de dégradation. « Ce n’est encore jamais arrivé, précise Frédéric Paques. Et cette question de la gratuité est pour nous primordiale afin que l’artothèque ne soit pas perçue comme un service destiné à un public autre que celui de la bibliothèque. Car c’est bien le lecteur, l’usager individuel, qui est ciblé par notre projet. »

La collection disponible s’est constituée au fil des ans et ce sur base de plusieurs critères.
Tout d’abord, le format des œuvres demeure adapté au prêt et donc facilement transportable.
Ensuite, il s’agit d’œuvres multiples, produites en séries limitées. « Il faut rester conscient, souligne Frédéric Paques, qu’il s’agit d’une collection de prêt et non de conservation. Il faut accepter qu’au fil du temps les œuvres se dégradent et doivent être remplacées ».
Enfin, la collection s’oriente vers des œuvres d’une valeur marchande raisonnable qui s’intègre dans le budget de dix mille euros alloué annuellement à ce service pour de nouvelles acquisitions. « Les œuvres proposées en prêt valent entre vingt-cinq et huit-cents euros. Dans une société où l’art est présenté comme « sacré » et forcément très cher, nous souhaitons mettre en évidence le fait que la valeur de la démarche artistique ne dépend pas uniquement de la valeur marchande. »

En pratique, les œuvres sont sélectionnées par un comité composé de huit spécialistes. « Nous nous orientons vers des démarches artistiques de qualité et essayons de maintenir un équilibre entre des œuvres plus aisément accessibles et d’autres qui se veulent un reflet très pointu de la création contemporaine. » Cette volonté de diversifier la collection répond à la variété des profils des emprunteurs. Parmi ceux-ci, des personnes de tous âges, de nombreux étudiants mais aussi des familles. Leurs attentes et motivations se révèlent elles aussi multiples. Certains empruntent un élément de décoration tandis que d’autres cherchent à se confronter à des démarches artistiques fortes. « Dans tous les cas, les gens qui empruntent une œuvre vont développer avec elle un rapport bien plus intime que s’ils la contemplent dans un musée. A l’artothèque, on questionne l’œuvre différemment : est-ce que je l’aime vraiment ? Aimerais-je l’avoir chez moi ? Dans la durée, va-t-elle continuer à me plaire ? »

Pour accompagner les usagers dans leurs questionnements, le responsable doit faire appel à des compétences très diversifiées ! Il va de soi que sa formation d’historien de l’art lui a permis d’acquérir les outils nécessaires à la lecture d’une œuvre et à la compréhension d’une démarche artistique. De même, le mi-temps qu’il continue d’exercer en tant qu’enseignant à l’Ecole supérieure des arts de Saint-Luc à Liège et Bruxelles induit une synergie très dynamisante : « Mes deux métiers se nourrissent beaucoup l’un et l’autre. Ils m’amènent à rester à l’affût de ce qui se fait en création artistique et à continuer d’interroger les images. »

Frédéric Paques insiste également sur l’importance des compétences bibliothéconomiques nécessaires pour répertorier et encoder les œuvres mais aussi leurs notices techniques disponibles sur le site de la Bibliothèque Chiroux. « Dans ce domaine, j’ai bénéficié de l’aide très précieuse de mes collègues bibliothécaires », souligne-t-il.

Sans oublier, l’importance d’une bonne capacité de communication. « L’artothèque est un lieu de discussions très vivifiantes sur l’art. En tant que médiateur culturel, j’essaye de cerner l’opinion des usagers au sujet d’une œuvre ou, de manière plus générale, de ce qu’une œuvre d’art devrait être, ce qu’ils en attendent… Il faut déconstruire l’idée que les goûts sont immuables. Ceux-ci peuvent évoluer et susciter cette ouverture fait partie de mes missions. »

Quant à l’avenir de l’artothèque, Frédéric Paques l’envisage très positivement… et en plus grand ! En effet, d’une part la collection d’œuvres atteint à ce jour une ampleur qui permet à la bibliothèque d’envisager de nouveaux projets : « Nous allons à présent pouvoir proposer le prêt, sous forme d’exposition d’une vingtaine d’œuvres, pour des collectivités telles que les écoles ou les bibliothèques, sans nuire au projet de base de prêt individuel », se réjouit Frédéric Paques. D’autre part, le déménagement des Chiroux sur le site Bavière en 2022 devrait permettre à l’artothèque de gagner en espace et en visibilité. En effet, il est prévu que ce local quelque peu exigu et réaménagé soit remplacé par un espace plus spécifique et encore mieux adapté. De quoi permettre à Frédéric Paques de disposer des nouveaux moyens pour mener de façon encore plus aboutie cet intéressant travail de médiation.
Alors… une nouvelle œuvre d’art, pourquoi pas chez vous ?

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Artothèque de la Bibliothèque Chiroux

Rue des Croisiers, 15 (1er étage)
Tel. 04/279.52.23
Ouvert vendredi de 13 à 18h et samedi de 9 à 15h
E-mail : artotheque@provincedeliege.be
URL : www.bibliothequechiroux.be/artotheque

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