• Libres réflexions « sans tabous » sur la lecture publique

  • 31 janvier 2012, par Jean-Michel Defawe

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  • La langue française, qu’elle soit soutenue, familière, argotique ou populaire, renferme de nombreuses expressions avec le mot « cent ». Imagées, reflets du mode de pensée d’une population, elles sont souvent pétillantes d’esprit. Pour tenter de sortir des sentiers battus dans le cadre de ce centième numéro, nous avons imaginé de porter notre regard sur la Lecture publique en Communauté française en prenant comme point de départ de différentes réflexions une des expressions intégrant notre nombre anniversaire. Nous profiterons de l’actualité pour affûter notre regard sur le futur puisque notre nouvel arrêté d’application est examiné en ce moment par le Conseil des bibliothèques.

En un mot comme en cent

Il n’est pas inutile, en cet anniversaire de notre revue, de rappeler quelques points forts et valeurs qui sous-tendent l’action de FIBBC en matière de Lecture publique.

Nous nous battons pour l’accès de toutes et tous dans nos bibliothèques à une information de qualité organisée autour du livre et des différents médias en permettant véritablement à nos entités d’être à la hauteur des technologies d’aujourd’hui. Nous le voulons avec une réelle volonté de pluralisme respectueux de chacun.
Nous rêvons d’un réseau de la Lecture dans lequel chacun des partenaires collabore pleinement de façon professionnelle, sans uniformisation réductrice, en permettant la créativité de tous celles et ceux, professionnels compétents et volontaires passionnés qui croient à un travail de société autour des médias que nous diffusons.
Il nous faut des structures de service proches des citoyens, sans le poids excessif et anesthésiant d’une gestion administrative lourde et tatillonne, en veillant à recentrer les bibliothèques sur leurs missions fondamentales et d’avoir le temps pour le faire.
Nous considérons comme capitales des actions spécifiques à mener en faveur de publics de jeunes de plus en plus en difficulté avec l’écrit pour leur faire découvrir et partager les moments heureux de la lecture-plaisir.
C’est aussi à des bibliothèques efficaces au XXIème siècle que nous devons travailler, lieu central de l’écrit sous toutes ses formes tant celles du papier que dématérialisées tout en assurant, pour le plus grand nombre, l’initiation indispensable à une maîtrise de l’utilisation des nouveaux outils documentaires.

D’accord à cent pour cent

C’est vrai que notre législation avait un coup de vieux. Plus de trente ans sans grand toilettage ! Il fallait d’urgence au moins la rafraîchir, voire la rajeunir, redéfinir ses missions prioritaires, son mode d’action, ses collaborations dans l’univers de la Culture. C’est la mission que s’est assignée Madame la Ministre Laanan. C’est en voie d’être fait. Depuis toujours la FIBBC s’est associée à cette réflexion et à son cheminement indispensable. C’est un véritable souffle nouveau que nous voulons insuffler à ce secteur mais dans le respect des différents partenaires de terrain qui se sont investis pour cette cause depuis plus de nonante années et en profitant de toutes les énergies de terrain.

Faire les cent pas

C’est un peu ce que le Conseil des Bibliothèques a été contraint de faire dans l’attente du projet d’arrêté d’application. Il a remis son avis au début du mois de janvier 2009 pour que le texte suive son parcours législatif au Parlement et soit voté au Parlement le 30 avril 2009. La FIBBC a eu un premier contact avec le Cabinet sur ce sujet le 31 mars 2011… C’est donc après plus de deux ans d’attente, malgré les appels à une collaboration lancés tant directement qu’indirectement y compris par la revue « Lectures, que le Conseil a été saisi du texte le mercredi 15 juin 2011. Pour nous, il y a eu là un énorme temps perdu à un travail en solitaire au Cabinet dans une culture du secret obligeant les autres instances à une course précipitée en fin de parcours législatif alors qu’il aurait été possible, par une bonne concertation, de réaliser en moins de 24 mois un travail de qualité et partagé par tout le monde.

La guerre de cent ans

Le secteur des bibliothèques est le seul, dans le domaine culturel, où l’on retrouve des pouvoirs organisateurs de droit public et d’autres de droit privé gérer une même problématique. On ressent ces dernières années une pression pour une mise sous tutelle, y compris par la législation, de ce qui reste de droit privé, un peu comme s’il ne pouvait y avoir de bons services de Lecture publique que ceux gérés par les pouvoirs publics. Or il y a des balises qui permettent de garantir des actions de qualité comme le pacte culturel ou le pacte associatif en gestation. Il faut mettre un terme à ces guéguerres qui par leur longueur minent les actions des gens de bonne volonté et empêchent de profiter de tous les dynamismes du secteur.

Ne pas gagner des mille et des cents

Voici bien l’image de l’investissement des politiques pendant de trop nombreuses années en Lecture publique. Il faut cependant noter un léger redressement dans les dernières années généré par la dynamique déclaration gouvernementale. Et puis la crise est passée par là…
Il est certain que les chiffres du budget de la Communauté française pour notre secteur sur les vingt dernières années ne plaident pas dans le sens d’un investissement égalitaire dans les différentes matières culturelles : les graphiques que nous avons établis montrent clairement les départements privilégiés et nous n’en sommes pas.

Etre aux cent coups

Une expression qui nous permet d’exprimer nos craintes et nos inquiétudes à ce jour. Elles sont multiples. Elles concernent d’abord la problématique des droits d’auteurs (spécialement sur le prêt) dont la négociation n’a pas évolué au cours de ces deux dernières années mais qui pointe son nez dans la nouvelle législation avec le fichier général des lecteurs de la Communauté française devant être complété annuellement par chaque bibliothèque. Quel sera le coût final à répercuter vers les lecteurs en fin de parcours ? Autre sujet de préoccupation : certains points présents dans le décret ne trouvent pas leur champ d’application dans l’arrêté qui reste étrangement muet sur les processus d’intervention des Communes (ouvrages et médias) et des Provinces alors que son grand frère de 1995 était beaucoup plus loquace sur ces différents thèmes. Enfin, il nous semble que l’arrêté, en voulant tout cadenasser, laisse planer une certaine suspicion sur la volonté, entre autres, des pouvoirs organisateurs de droit privé de vouloir intégrer pleinement les exigences décrétales. C’est pour nous un mauvais procès d’intention qui ne peut que nuire au travail collectif de terrain.

Une blague à cent balles

Nous pensions que cet arrêté, pour n’être pas vieux avant d’être né, devait faire la part belle à l’introduction des technologies de l’information et de la communication dans les bibliothèques. On l’avait souhaité dans les réflexions menées depuis longtemps au sein du Conseil. On y avait cru. Bonne blague : ce souffle mobilisateur n’est pas perçu dans le texte d’arrêté alors que le décret permettait un certain nombre d’ouvertures. Rires jaunes dans les rangs de ceux qui regardent vers le futur…

Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage

Boileau ne l’avait conseillé que vingt fois mais l’évolution de l’expression en a renforcé le nombre pour le porter à 100. Nous n’en demanderons pas autant aux concepteurs de nos nouveaux arrêtés mais de laisser le temps à une structure démocratique comme le Conseil des Bibliothèques de faire sérieusement son travail en lui laissant le temps prévu par la législation sans devoir faire approuver à la hussarde des textes dont il n’a pas le temps d’apprécier toutes les conséquences. La responsabilité du Conseil est engagée pour le futur et il ne faudrait pas que les bibliothécaires de demain soient bloqués dans le développement de leurs nouveaux projets par les effets secondaires de cet arrêté nouveau.

A cent contre un

Nous parions sur la force mobilisatrice des bibliothécaires de terrain pour faire évoluer leurs structures dans des projets de qualité autour de l’écrit sous toutes ses formes. Nous regrettons qu’à certains moments on ne semble pas leur faire confiance en allant recruter dans d’autres secteurs des animateurs qui auraient une meilleure expérience pour animer le secteur de la Lecture publique.
Nous croyons que le respect de tous les acteurs de terrain oeuvrant aujourd’hui encore dans le domaine de la lecture est la meilleure formule pour faire progresser un groupe entier vers de meilleurs services aux publics diversifiés des bibliothèques.
Nous parions finalement sur la réelle possibilité de démarches pluralistes en Lecture publique.

Jean-Michel DEFAWE

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