• LA JOIE DE LIRE, LA JOIE D’EDITER ... La joie d’écouter en toute liberté !

  • 3 avril, par Françoise Vanesse

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  • Un large panel d’intervenants originaires de la chaîne du livre : auteurs, illustrateurs, traducteurs, critiques, enseignants, libraires et bibliothécaires, ont répondu à l’invitation de Francine Bouchet, fondatrice des éditions La Joie de Lire qui fêtaient, ce jeudi 2 mars à Paris, par le biais d’un colloque et d’une exposition, ses trente ans de parcours éditorial. Des intervenants qui, tout au long de cette journée, ont croisé les regards, confronté les approches, déplacé les frontières pour interroger de façon dense, critique et émancipatrice le parcours sans concession de l’emblématique maison d’édition genevoise.

Jeudi 2 mars, à la médiathèque Françoise Sagan de Paris. C’est cette bibliothèque lumineuse, avec ses charmants espaces verts reflétant l’importante politique d’ouverture cultivée ici, que Francine Bouchet et son équipe ont choisie pour accueillir cette fête d’anniversaire : un colloque, sous la forme d’un vaste remue-méninge, accompagné d’une exposition d’originaux d’artistes édités par la maison d’édition. 8h30’, ici et là, on s’affaire, afin d’accueillir la centaine de participants inscrits à cette journée d’exception ! Après le partage d’un petit-déjeuner fin et revigorant, voici le moment de rejoindre dans l’auditoire Francine Bouchet qui, en guise d’introduction et de remerciements, présente son indéfectible équipe sans laquelle, "cette aventure ne serait pas possible". Certains intervenants la rejoignent dont Michel Defourny et, déjà, la joie d’écouter s’invite... en toute liberté !

Compte-rendu sous forme d’abécédaire...

LIBERTE

De liberté, il en est plus que jamais question en ces temps névralgiques où les discours discriminants prennent une place de plus en plus préoccupante. Ce n’est donc pas un hasard si la maison d’édition a choisi ce thème ouvert pour baliser le propos des intervenants amenés à donner leurs points de vue sur ce thème exigeant et édifiant. En effet, au coeur de la politique de La Joie de Lire, pas de place pour la construction de frontières mais bien une prédilection pour la liberté "celle qui, comme le souligne Francine Bouchet, devrait être au cœur du travail de chacun".

DOCUMENTAIRE

Et cette liberté s’introduit jusqu’au cœur de la production de documentaires avec laquelle, comme le souligne Michel Defourny, spécialiste en littérature jeunesse et professeur à l’Université de Liège, La Joie de Lire entretient un rapport très étroit. Car la maison veille à aborder cette catégorie d’albums par l’innovation en leur conférant des ambitions artistiques, littéraires et intellectuelles. "La Joie de Lire exige du jeune lecteur une participation active et ludique, l’invite à formuler des rapprochements insolites, propose des créations où s’entrecroisent fiction et réalité", souligne-t-il.

QUESTIONNEMENT

Le questionnement, sans doute un des socles du projet éditorial de La Joie de Lire ! Ici, pas de solutions clés sur porte mais bien une invitation à formuler des hypothèses, à ne pas poser un regard unilatéral sur une situation, et ce dès le plus jeune âge. Ainsi, déjà les tout-petits sont initiés à cet éveil que ce soit, pour ne citer que quelques exemples, en découvrant les livres-promenades de Rotraut Susanne Berner qui leur laisse toute latitude d’induire des liens chaque fois renouvelés ; en plongeant dans l’univers du jeune illustrateur belge, Pieter Gaudesaboos ou par le biais des imagiers photographiques de Nicolette Humbert. Ceux-ci, comme le souligne Michel Defourny, "mettent en avant la variété des confrontations pour finalement laisser au jeune lecteur la liberté de l’interprétation : Que s’est-il passé ?"

PRODUCTION

Avec ses quarante titres par an et une absence totale de marketing offensif, La Joie de Lire se démarque de l’air du temps et ne cède pas à la tendance de la surproduction. Cette position de petit éditeur permet une attitude que Francine Bouchet qualifie de "tâtonnement bénéfique" reflété notamment par cette diversité des approches graphiques de certaines couvertures qui ne sont pas pensées en termes de ligne éditoriale. Tout comme les catégories entre les différentes collections d’ailleurs ! Car la maison genevoise privilégie en effet les contenus et ne souhaite pas catégoriser les lecteurs... Et les intervenants sont d’ailleurs unanimes à ce sujet comme Sophie Van der Linden, romancière et critique, spécialiste de l’album pour la jeunesse qui se réjouit de cette politique exigeante et constante, gage de qualité.

MEDIATEURS

On l’a bien compris, avec une telle exigence de qualité face à une surproduction généralisée en littérature de jeunesse, les albums de La Joie de Lire n’ont pas la voie toute tracée pour joindre leurs lecteurs ! Ils doivent pouvoir compter sur le soutien de médiateurs. Certains étaient présents pour présenter, sous la houlette de Véronique Soulé, journaliste, la façon dont ils accompagnent de manière quasi indéfectible la démarche de l’éditeur. Comme cette libraire parisienne de "Folies d’Encre" qui explique, avec grand enthousiasme, comment elle sort les livres de leur "train-train" en les racontant aux parents : une démarche souvent concluante qui nécessite de pouvoir dégager un peu de temps mais qui procure la satisfaction d’un travail abouti !

BIBLIOTHECAIRES

S’il y a bien un profil de médiateurs dont la maison d’édition a grand besoin ce sont les bibliothécaires qui disposent de davantage de latitude que les libraires pour mettre en valeur des livres innovants. En effet, à la bibliothèque, pas de "train-train" et "fort heureusement" comme le souligne une bibliothécaire de Montreuil. Celle-ci évoque la chance du bibliothécaire qui peut constituer des collections pérennes. Les albums de La Joie de Lire sont, pour ce projet, une nourriture très adéquate ! En outre, les bibliothécaires ont la grande chance de pouvoir valoriser certains livres par une mise en scène originale voire des rencontres et ainsi « mettre entre les mains des usagers, des livres auxquels on croit", souligne-t-elle !

ECOLE

Mais comment évoquer les médiateurs sans se tourner vers l’école, partenaire de taille dans la promotion de la littérature de jeunesse ! En 2002, en France, un tournant s’est opéré dans la réalisation des listes de livres prescrits et l’éducation nationale sélectionne maintenant ses titres dans le catalogue de maisons d’éditions créatives dont celui de La Joie de Lire. Hélène Weis, chercheuse en littérature jeunesse et enseignante à l’IUFM, s’en réjouit car certains livres de la maison d’édition abordent avec bonheur des thématiques chères aux prescripteurs dont le conte, la fable, les imagiers. Mais, "fort heureusement ces albums proposent des schémas qui bougent et, espérons-le, deviendront des classiques incontournables car ces livres allient classique et liberté", conclut-elle !

MOTS

Les mots, toujours les mots... Si ceux-ci occupent une grande part dans l’univers des éditeurs, il arrive pourtant qu’ils s’échappent du cadre et laissent le soin aux seules images de prendre le lecteur par la main : ce sont les albums sans textes, très présents à La Joie de Lire. Un genre quelque fois déroutant pour les médiateurs, "comme si le texte était la colonne vertébrale de la lecture" déplore Sophie Van der Linden, romancière et critique, spécialiste de l’album pour la jeunesse. Et pourtant ces livres induisent une éducation au regard primordiale et sont le fruit du travail de créateurs qui poussent leur émotion et leur art au maximum : Ingrid Godon, Laetitia Devernay ou encore Germano Zullo et Albertine, lauréats du Prix Bologna Ragazzi 2016 avec Mon tout petit. "Et il faut du courage et de la conviction pour éditer ces albums qui confrontent le lecteur à des créations libres et singulières affranchies de toute règle."

ART

Art, le mot qui orchestre et donne sens à la démarche éditoriale. Ils sont en effet nombreux les artistes à collaborer avec La joie de Lire. Rien d’étonnant donc que la maison ait décidé, à l’occasion de cet anniversaire, de la mise sur pied d’une exposition rétrospective valorisant ces créations, fruits d’un parcours exigeant et parfois récompensées par des prix prestigieux. Une exposition riche d’originaux mettant en valeur, sous la houlette de Lénaïck Durel, scénographe, l’importante diversité du catalogue et un important éclectisme des techniques abordées : xylogravure, acrylique, graphisme, photographie, feutre ou aquarelle...

OUVERTURES

Outre la richesse graphique et variée proposée par La Joie de Lire, la maison a le grand privilège de compter dans son catalogue un large panel de littératures étrangères. Et cette diversité est importante car, comme le souligne Bernard Friot, écrivain, traducteur et enseignant, "Les traductions permettent de faire bouger les lignes et d’offrir d’autres façons d’envisager la littérature de jeunesse." Précisément la surproduction actuelle induit une classification réductrice : "des cases, des tiroirs qui conditionnent de façon préjudiciable les auteurs et les éditeurs", déplore-t-il. Au contraire, l’accueil par la traduction de livres étrangers offre davantage de liberté et permet aux lecteurs d’éviter des chemins tout tracés...

POSITIONNEMENT

Depuis quatre ans, la maison s’est également positionnée par la publication de productions de pays de l’est car certains illustrateurs, notamment, proposent des créations originales et surtout une liberté de ton et un humour vivifiants. Ainsi certains artistes polonais comme Jan Bajtlik ou Krystyna Bogiar, Jiri Salamoun, ou Butenko ont intégré les collections. Et même si les ventes n’atteignent parfois pas les objectifs escomptés, la maison perdure dans cette option de valorisation de leur travail : "on a envie de continuer et on est là pour eux", conclut la responsable.

TRADUCTION

Vu la part importante de textes en langue étrangère, la maison d’édition collabore avec des traducteurs dont Dominique Nedelle qui partage avec l’auditoire sa conception d’une démarche qu’il envisage comme "un dialogue entre auteur, traducteur et éditeur." Manifestement passionné par son rôle au sein de la maison, il explique comment la traduction permet à certains livres de revivre, de toucher un nouveau public, de sauter des frontières et même de subir quelques métamorphoses… Loin de la conception qui voudrait voir un traducteur coincé dans des carcans, il nous livre l’image d’un traducteur libre de re-création. Et cette liberté manifestement, si l’on en croit son humour et son sourire, rend heureux !

FRONTIERES

Ou plutôt sans frontières vu l’importance que la maison d’édition accorde aux traductions et aux littératures des autres pays : "une préoccupation importante et trop peu de mise en France", souligne Bernard Friot. Selon lui cette attention particulière accordée aux littératures des autres pays est capitale car " à l’heure de la construction d’une culture européenne, cette confrontation avec des formes de littérature différentes permet la construction d’un imaginaire commun". Une ouverture d’ailleurs aussi cultivée par la maison d’édition avec un grand nombre de livres frontières entre adolescents et adultes : "On m’a d’ailleurs déjà demandé pourquoi je ne créais pas une collection pour adultes ? " conclut Francine Bouchet... Et à nouveau, voici que s’invite l’envie de liberté !

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