• L’expérience de la Maison de la Poésie et de la Langue française de Namur, un des trois organismes partenaires dans le projet « Fleurs de funérailles ». Le point avec Aline Louis, coordinatrice à la MPLF.

  • 14 juillet, par Françoise Vanesse

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  • Face à la crise, certaines bibliothèques publiques, centres de documentation et institutions culturelles contraintes à la fermeture ont fait preuve de créativité afin de rompre l’isolement et joindre leurs usagers différemment. Des bibliothécaires, auteurs et acteurs culturels ont très aimablement répondu à notre invitation et ont accepté de partager avec nous leur expérience inédite.

F.V. Les bibliothèques et centres de documentation, contraints à la fermeture suite à cette crise, ont vécu un moment inédit dans leur parcours. En tant que coordinatrice de la MPLF de Namur, comment avez-vous, vous et votre équipe, vécu cet épisode ?

A.L. Comme chaque lieu culturel, la Maison de la Poésie a vu sa programmation annulée depuis le 13 mars : plusieurs événements qui affichaient complet, des ateliers scolaires qui devaient clôturer, des projets de longue haleine, une résidence de 10 jours au Québec à laquelle nous devions prendre part, en compagnie de trois jeunes poètes belges. Nous étions donc forcément déçues pour le public et pour tous les artistes qui étaient impliqués dans ces projets !

F.V. D’emblée et, afin de rester constructifs et actifs, vous avez embrayé dans le projet initié par Carl Norac qui a sollicité votre participation dans le cadre du projet « Fleurs de funérailles ». En quoi consiste ce projet ?

A.L. En ces temps de confinement où les funérailles sont encadrées de mesures très strictes, l’objectif principal de « Fleurs de funérailles » est de permettre à la personne décédée de partir avec un poème et de soulager quelque peu la douleur des familles touchées par le deuil. Concrètement, ce projet offre à chaque défunt (décédé du Covid-19 ou non), dont la famille en fait le souhait, un texte d’adieu poétique et ce, grâce à l’implication de plus de 90 poètes belges ayant répondu à l’appel de Carl Norac. Certains ont composé des textes plus « généraux » mis en ligne sur le site du Poète National, en libre accès. D’autres, suite à une demande particulière de la famille, se sont engagés à écrire des textes davantage personnalisés.

F.V. Quels sont les deux autres partenaires impliqués dans ce projet ?

A L. Les Midis de la Poésie pour Bruxelles et Vonk&Zonen pour la Flandre.

F.V. Quelle a été votre action plus spécifique au sein de la MPLF ? Quelles ont été les difficultés surmontées ?

A.L. Dans un premier temps, les familles endeuillées sont invitées à nous envoyer un courriel. Nous faisons alors appel à un poète du collectif et ce dernier se met en contact directement avec la famille avant de composer un texte personnel en hommage au disparu. Si la famille marque son accord, le poème est mis en ligne sur le site du Poète national. Outre, bien évidemment, la souffrance qui se dégage de chaque histoire, la principale difficulté est le laps de temps très court entre les premiers contacts et les funérailles, chaque étape se fait généralement dans l’urgence.

F.V. Ce projet a- t-il évolué au cours des différentes semaines ?

A.L. Grâce au soutien du journal « Le Soir » et plus particulièrement de Nicolas Crousse, le projet a pu rayonner plus largement : une vingtaine de comédiens belges reconnus ont prêté leur voix aux textes des poètes et ont réalisé des vidéos qui ont été partagées de nombreuses fois. Des échos de notre projet se sont fait entendre en France, au Luxembourg, en Suisse, au Québec et en Espagne.

F.V. Aujourd’hui, quel bilan faites-vous et quelles seront les suites éventuelles de ce projet ?

A.L. Quand les enterrements ne feront plus l’objet de restrictions liées à la crise du Covid-19, nous espérons pouvoir perpétuer ce bel élan poétique avec la création d’un collectif de poètes qui composeraient des poèmes funéraires tout au long de l’année, suivant la demande des familles. Un projet d’anthologie des textes écrits au cours du confinement pourrait également voir le jour.

F.V. Pensez-vous que le besoin de poésie se révèle plus fort en période de crise ou de souffrance ?

A.L. Oui, bien évidemment. Nous l’avons remarqué tout au long de nos contacts avec les personnes en souffrance. Les retours étaient tous extrêmement positifs. Certaines nous ont dit que « revenir à la poésie » leur avait fait beaucoup de bien, de même que les liens tissés avec les poètes lors de leurs échanges étroits.

Propos recueillis par Françoise Vanesse, mai 2020

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