• L’envol des échoués

  • 8 avril 2013, par Sylvie Hendrickx

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  • Dans ce bref roman, intense et poétique, six échoués, prisonniers d’une société de plus en plus normative unissent leur destinée de nomades pour des lendemains d’espoir.

FRERING Elsa, L’envol des échoués, Les contrebandiers éditeurs, 2012

Ce roman au titre poétique évoque le destin croisé de six funambules de l’existence, des êtres de la fuite, des échoués… Aux prises avec la réalité d’une société de plus en plus normative, ces rêveurs traversent une vie qui ne leur convient pas, un univers hostile peuplé d’automates sombres et tristes. Riches de presque rien, insaisissables, ils sont autant de petites flammes sauvages, déterminées et libres au milieu des immeubles grisâtres de nos villes. On sent qu’il s’en faudrait de peu pour que tout vacille, pour qu’ils capitulent… s’il n’était cette frénésie de vivre, ce furieux besoin de liberté, d’horizon, de hauteur et d’envol…
Il y a Tcholpan et Sidik, deux frères afghans sans papiers ; Nathan, enfant abandonné et nomade des familles d’accueil ; Rusta, vieille gitane sédentaire et Yorgui, musicien farfelu au coeur tendu vers ses montagnes de Bulgarie. Et au milieu de ce petit monde, comme un astre à la chaleur bienfaisante, rayonne Kaïa, petite reine aux pieds nus et au caractère de braise. Manouche farouche et aérienne dont on ne peut dire si elle marche ou danse, parle ou chante, elle incarne l’esprit fragile et enflammé de la liberté. Ensemble, ils vont répondre à l’appel mystérieux du départ, de l’ailleurs, pour fuir l’enlisement de leurs rêves et trouver la force de se reconstruire. Ce récit évoque les préparatifs d’un voyage qu’ils vivent au présent, portés par l’entraide, la débrouille, la vie et ce quotidien implacable qui peut à tout instant se trouver transcendé par l’envolée des chants tsiganes.
Dans un style suggestif, évocateur, énigmatique parfois, Elsa Frering nous fait pénétrer dans son univers de rêves, de forces et de fragilités essentiels. Par petites touches, elle nous livre toute la richesse et l’espoir du monde intérieur de ses personnages. Un récit bref d’une grande puissance poétique où les comparaisons étranges, symboliques, oniriques se croisent sur un fil... jusqu’à l’envol. A peine une petite centaine de pages pour nous soulever de terre et nous ancrer dans les étoiles.

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