• Grainothèque, outil de développement des pratiques de lecture (Reflets de formation)

  • 9 juillet, par Françoise Vanesse, Sylvie Hendrickx

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  • Depuis quelques années, on assiste au sein de nombreuses bibliothèques publiques, à la mise en place de projets en lien avec la sauvegarde et la valorisation de la nature dont un service très original de grainothèques. De prime abord, ce projet visant le prêt et l’échange de graines peut paraître tout à fait surprenant mais, en regard des différents objectifs et missions qu’il permet aux professionnels de la lecture de mettre en place, il s’avère répondre de façon très cohérente aux exigences décrétales ! En effet, la gestion de ce dispositif est l’occasion pour les bibliothécaires de développer un programme de promotion de la lecture centré sur cette thématique, d’élargir leur lectorat mais aussi de créer du lien social et de répondre à divers questionnements des usagers sur des problématiques sociétales et écologiques actuelles. Toutefois, développer une grainothèque ne s’improvise pas et assurer son aspect pérenne se révèle rapidement indispensable.

Voici maintenant deux ans que notre association professionnelle s’intéresse à ces projets en lien avec la sauvegarde et la valorisation de la nature développés au sein de nombreuses bibliothèques publiques. Désireuse de récolter et valoriser ces initiatives mais surtout de mieux cerner leurs objectifs, notre association a entrepris, en 2017 et en 2018, une récolte d’informations auprès d’une trentaine de bibliothèques contactées, en l’absence de listing existant, sur base d’une démarche de type exploratoire. Ces réponses ont donné lieu à des bilans communiqués respectivement au cours de journées d’informations et d’échanges professionnels et consultables sur notre site (www. fibbc.be). Au cours de ces journées de partages, les participants ont, en outre, exprimé un certain nombre d’attentes parmi lesquelles une plus grande mise en réseau et la mise en place d’un programme de formations adapté aux questionnements liés à ce sujet que ce soit dans ses aspects techniques mais aussi théoriques.

C’est précisément pour continuer dans ce cheminement initié depuis deux années et visant l’accompagnement des bibliothécaires impliqués ou désireux de se lancer dans ce projet actuellement très fédérateur, que la FIBBC a organisé une journée de formation et de réflexion interactive et collective et ce, en partenariat avec la Bibliothèque Centrale de la Province du Luxembourg.
Les objectifs poursuivis par cette formation étaient multiples. Il s’agissait, d’une part, de définir différentes actions et orientations de projets en lien avec la gestion d’une grainothèque. Ce premier point a fait l’objet d’une matinée d’échanges encadrée par Catherine Renson, bibliothécaire en charge des différentes actions coordonnées par la Bibliothèque Centrale de la province du Luxembourg pour soutenir un programme commun de promotion de la lecture centré sur les grainothèques.
D’autre part, les participants ont été invités à prendre connaissance de notions indispensables pour une gestion et multiplication pérenne des semences afin de pouvoir assurer la viabilité de leur projet mais aussi de répercuter ces informations auprès de leurs usagers. Cette seconde partie, développée au cours de l’après-midi, a été prise en charge par Benoit Delpeuch de l’association « Cycle en Terre », semencier artisanal qui vise à contribuer à l’autonomie alimentaire par la culture locale de graines reproductibles.

Une quarantaine de bibliothécaires ont répondu présents. Leurs attentes se révèlent diverses. En effet, quoique certains soient originaires de bibliothèques où une grainothèque est déjà bien ancrée, ils restent en demande de pistes pour assurer la pérennité de leur action mais aussi dépasser certaines difficultés rencontrées. Pour d’autres, la grainothèque est encore en phase de lancement. Ces derniers sont demandeurs de pistes concrètes pour débuter l’aventure et désireux d’un partage d’expériences avec des participants plus avancés dans la mise en place de ce service.
Aux côtés de la participation de ces professionnels de la lecture, on remarque également avec plaisir la participation de représentants d’associations partenaires tels que des Collectif en Transition ou des Cercles horticoles, eux aussi directement impliqués dans des projets de grainothèques en bibliothèques. Cette participation souligne, une fois de plus, l’importante diversité des publics que ces projets de grainothèques peuvent fédérer et est gage d’ouverture vers de nouveaux usagers.

Dans les lignes qui suivent, vous pourrez prendre connaissance des orientations de cette formation qui s’est déroulée les lundis 11 mars et 17 juin 2019 à Namur.

Une grainothèque en bibliothèque : pourquoi ?

En introduction de cette formation, Catherine Renson, aborde avec les participants les nombreux intérêts que peut revêtir la présence d’une grainothèque au sein d’une bibliothèque, que ce soit du point de vue bibliothéconomique (valoriser la diversité des collections documentaires, promouvoir la lecture informative,…), du point de vue environnemental (s’inscrire dans une démarche citoyenne en invitant à favoriser la diversité biologique, les circuits courts…) ou encore du point de vue social (favoriser le partage entre usagers et les contacts avec divers partenaires.) Au terme de cet échange, certains participants se disent rassurés par rapport à leurs interrogations sur la légitimité de leur projet et soulignent l’importance de ces arguments concrets permettant de mieux assoir leur démarche auprès, entre autres, de leur P.O. ou de leurs collègues.

Une grainothèque en bibliothèque : comment ?

Les participants sont ensuite invités à échanger au sujet de questionnements d’ordre très pratique. Quel espace nécessaire ? Quels types de graines ? Quelles personnes ressources ? Une fois encore, les échanges rassurent les participants qui ne se sont pas encore lancé dans le projet. En effet, la mise en place d’une grainothèque ne nécessite pas de disposer d’un espace conséquent, les graines étant destinées à voyager plutôt qu’à être stockées. Ce projet (qui pourrait tenir dans une boite !) est à cet égard rarement initié en tant que fin en soi, mais représente plutôt un symbole, une opportunité, un élément déclencheur de dynamiques et surtout un pont inédit entre la bibliothèque et de nouveaux publics. Sur ce sujet de l’organisation et de la gestion proprement dite du petit réservoir de graines, Catherine Renson souligne également l’importance de tisser des partenariats avec des personnes ressources ou des associations spécialisées tels les Cercles horticoles. Ces partenariats s’avèreront d’ailleurs, sur le long terme, des vecteurs de pérennité du projet.

Animation et pérennisation d’une grainothèque en bibliothèque

Cette troisième étape consiste en un focus sur différentes ressources et actions utiles pour faire vivre sa grainothèque. Une fois encore cette question se développe en échos aux questionnements soulevés par les bibliothécaires présents tout en laissant une grande place à la dynamique entre participants et l’échange de savoirs et d’expériences. Est ainsi évoquée la nécessité de redynamiser la grainothèque aux périodes clés que sont l’automne, période de récolte des graines, et le printemps, période de diffusion des graines. C’est aussi l’occasion pour les participants plus avancés dans le projet de partager sur les actions entreprises dans leurs bibliothèques respectives : animations, expositions, projection de films ou encore projets connexes comme Les Incroyables Comestibles ou les potagers communautaires.

Pour une gestion et multiplication pérennes des semences

Au cours de l’après-midi, les participants prennent connaissance avec Benoit Delpeuch de l’association « Cycle en Terre », d’un certain nombre de notions de botaniques de base relatives aux semences et leur multiplication : types de semences, hybridation des espèces, cycle de vie d’une culture... Le formateur fait également le point sur la législation en vigueur en Europe. Suite à ces éclaircissements relatifs à la production de semences, les participants abordent avec le formateur leur questionnement en lien avec la conservation des graines au sein de la grainothèque. Ils découvrent en effet à quelle température et dans quelles conditions conserver les graines, comment contrôler la qualité des semences ou comment transformer ces savoirs en activités ludiques pour les usagers !

Capsule vidéo

Au cours de cette journée, les participants découvrent deux capsules vidéo. Une première intitulée « Et demain ? », réalisée par le Centre d’Action Laïque de la Province de Liège dans le cadre de l’opération « Aux livres citoyens ». Une seconde, « Les grainothèques en Fédération Wallonie-Bruxelles. Outils de développement des pratiques de lecture et terreau pour l’éclosion de projets citoyens », réalisée à l’initiative de l’Association professionnelle de bibliothécaires, FIBBC, en collaboration avec la Bibliothèque Centrale de la province du Luxembourg et la cellule vidéo du Centre Multimédia Don Bosco de Liège. Les objectifs poursuivis par la FIBBC à travers cette capsule vidéo sont plurielles : informer sur la dynamique des grainothèques née récemment au cœur des projets de différentes bibliothèques publiques, assurer un suivi suite aux enquêtes entreprises en 2017 et 2018, et enfin diffuser une information aux professionnels qui organisent des grainothèques à répercuter auprès de leurs usagers afin de maintenir une dynamique de qualité des semences échangées dans une perspective de pérennité du projet. L’accueil des bibliothécaires est très positif. Ils soulignent l’intérêt de ces films pour faire connaitre et expliquer leur démarche à leurs usagers.

Listing

Au fil de ses différentes actions entreprises depuis 2017, la FIBBC a eu connaissance d’une soixantaine de bibliothèques qui, en Fédération Wallonie-Bruxelles, sont impliquées ou ont pour projet de s’investir dans une grainothèque. Un listing a été établi et distribué aux participants de la formation afin d’encourager la mise en réseau et de faciliter les échanges entre bibliothécaires. Ce listing non exhaustif a pour vocation d’être complété et mis à jour dans le futur.

Conclusion

A l’image de toutes ces petites graines, les pistes de réflexions et orientations d’actions concrètes qui émergent de cette journée sur la thématique des grainothèques sont extrêmement riches. Tout comme le terreau constitué par le maillage de professionnels particulièrement motivés par ce sujet émergeant – dont les bibliothécaires. Aujourd’hui, au vu de l’important nombre de participants à cette journée de formation, ceux-ci sont manifestement de plus en plus nombreux à s’intéresser, en Fédération Wallonie-Bruxelles, aux grainothèques, à les appréhender comme un outil de développement des pratiques de lecture ainsi que comme moyen original de répondre aux questionnements de leurs usagers vis-à-vis de problématiques sociétales capitales : l’environnement et les liens sociaux. Une belle mobilisation est sans conteste amorcée, reflet d’une profession en mouvement, toujours prête à remuer ciel et terre pour faire éclore des projets innovants et créatifs, le tout sous la houlette d’un intérêt pour les projets de citoyenneté mais aussi la valorisation du partage et de l’échange, notions finalement constitutives du métier.

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