• Et ma langue se mit à danser

  • 3 avril, par Sylvie Hendrickx

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  • Une réflexion intime, sensible et poétique sur la difficulté de construire son identité entre deux cultures.

ANAM Ysiaka, Et ma langue se mit à danser, La Cheminante, 2018

Publié par La Cheminante, maison d’édition basque dont le projet éditorial entend « déployer l’universalité de nos belles différences » à travers une littérature plurielle et des écrits en provenance de différents horizons culturels, ce petit ouvrage nous a d’emblée séduite. Par son titre poétique tout d’abord mais aussi par son petit format 11X15 cm et par sa couverture lumineuse et pleine de délicatesse qui se révèle tout en correspondance avec la confession intime qu’il contient. Celle de Z., une enfant « noire-paillasse », née sur « une languette de terre quelque part en Afrique » et arrivée en France avec sa famille à l’âge de 5 ans. Au fil d’une introspection toute en poésie, celle-ci dévoile, de l’enfance à l’âge adulte, un parcours d’une grande fragilité où se disent le malaise de la différence et la difficulté de vivre entre deux langues et deux cultures. A l’image de cette expérience de la dualité, ce récit se déploie au travers d’une forme narrative hybride. D’une part, l’auteure nous livre un témoignage à cœur ouvert, en « je », dont le flot rythmique, la musicalité et les procédés poétiques ne sont pas sans rappeler le slam. D’autre part, elle recourt à l’art du conte pour aborder de manière percutante et imagée deux points cruciaux de son mal-être : la honte de perdre sa langue maternelle, héritage de ses ancêtres, et la peur de voir se dissoudre son identité. Toujours en cheminement par rapport à ce questionnement identitaire douloureux, Ysiaka Anam avoue recourir à l’écriture pour rassembler et recoudre les fragments hétérogènes de son histoire et de son être. C’est ainsi qu’au terme de ces vingt-six petits chapitres, intitulés chacun par une simple lettre de l’alphabet, elle laisse entrevoir les prémisses d’un rapport nouveau et apaisé aux mots qui, ré-apprivoisés en une « danse salvatrice », permettent de traverser l’expérience difficile et silencieuse de l’exil intérieur.

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