Brûler brûler brûler

Publié le 30 mars, par Sylvie Hendrickx


Une poésie de l’urgence qui ravive le combat pour l’égalité et la dignité humaine.

LOMBE Lisette, Brûler brûler brûler, L’Iconoclaste, 2020

Parmi les écritures féminines belges contemporaines, la poésie de Lisette Lombé apparait comme profondément singulière, marquée par l’oralité du mouvement slam et par une dimension résolument militante. En effet, cette artiste belgo-congolaise, romaniste de formation et engagée pour une société plus tolérante et inclusive, défend une poésie sociétale, connectée au monde et, par là-même, bouleversante d’humanité. Son dernier recueil, salué par la critique et récompensé par la première édition du Prix Grenade, s’inscrit plus que jamais dans cette veine du poing levé. En effet, Brûler brûler brûler rassemble des textes puissants, qui disent le feu de la colère et celui de l’espoir, au travers d’histoires qui tendent à l’universel et mettent en scène ces minorités « dont on défend les droits sans jamais entendre le timbre de leur voix ». Alors le verbe rythmé et sans concession de Lisette Lombé devient, au fil de ces pages, voix de noirs, voix de gays et surtout voix de femmes. Chacun de ses poèmes capte en outre un instant, le présent d’aujourd’hui, celui du confinement, celui du drame de la petite Mawda, mais convoque aussi, par la force des mots, l’héritage de Lumumba et des peuples opprimés d’une époque plus lointaine. Aussi, ce recueil met-il en scène un combat sans cesse à mener, à défendre, à imposer. Par la force de l’écriture mais aussi pour Lisette Lombé par l’art du collage dont elle propose, en regard de ses textes, une série en noir et blanc composée de visages, reflets de notre humanité. Enfin, au travers de ce recueil paru dans la toute nouvelle collection de poésie vivante « Iconopop », Lisette Lombé incarne parfaitement cette vague poétique, où l’oralité et l’écriture arrivent – enfin – à trouver une cohabitation presque parfaite. Lire Brûler brûler brûler c’est entendre la rage, l’urgence d’oser dire, de dénoncer, et pour le lecteur, l’urgence de lire et, surtout, de se mettre en mouvement…